Avec le nouveau reportage d'auteur impulsé par Actuel et des journaux comme Libération au début des années 1980, les normes de production de la photographie de presse se sont progressivement alignées sur celles de la publicité et de la mode.
Tels certains photographes de mode qui faisaient carrière sur un gimmick immédiatement identifiable, des photographes de presse font commerce de leur “regard” réduit à la simple expression d'un effet visuel plaqué sur le réel (open-flash, floutage, décadrage…).
La plupart de ces photographes ne s'intéressent sérieusement ni à l'art ni à l'information. C'est une liquidation totale de la description. Informer devient une option parmi d'autres. Cette incapacité à informer le présent pourrait donc avoir des répercussions dommageables sur la transmission d'un héritage imagé. La société se trompe lourdement quand elle abandonne au reportage et aux médias de masse la responsabilité de sa mémoire visuelle. Je ne crois pas que le reportage d'auteur sera d'une quelconque utilité aux historiens et aux chercheurs en sciences sociales de demain.
Existe-t-il en France depuis Atget des ensembles documentaires significatifs comparables à ceux réalisés aux États-Unis ou en Allemagne ? Existe-t-il une seule monographie régionale, un travail sur Paris comparable à Changing New York de B. Abbott ?
Si l'on considère, non plus les ensembles documentaires, mais les images individuelles qui ont influencé le cours de l'histoire, ce sont bien plus des documents d'information (fillette brûlée au napalm de Nick Ut, l'homme devant le char à Tian Anmen…) que des icônes du reportage ou des photographies d'auteurs. Ce type de document d'information résiste à tout système de production qui viserait à les multiplier. La mythologie corporatiste, les bourses, les festivals n'ont pas permis qu'apparaissent plus de documents d'information exceptionnels qu'il y a trente ans. Le document d'information n'a pas besoin d'être défendu, il se défend très bien tout seul.
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Avec le nouveau reportage d'auteur impulsé par Actuel et des journaux comme Libération au début des années 1980, les normes de production de la photographie de presse se sont progressivement alignées sur celles de la publicité et de la mode.