Août 2007. Je dois choisir une photographie à publier, parmi quelques prises de vues de chats affamés.
C'est à chaque fois un moment émouvant, et l'occasion de poser quelques questions chaudes.
J'hésite surtout entre 2 images, l'une avec 2 chats sous un banc de bois, 2 chats précis, regards attentifs, fausse nonchalance féline, l'autre avec une silhouette de profil, tête tournée vers moi, corps prêt à partir, imprécision de l'attitude, image floue sur l'ensemble de sa surface.
Je n'arrive pas à me détacher de la seconde, pourquoi ?
Pourquoi la prise de vue floue me donne-t-elle ce sentiment d'immédiateté du sens, de vérité intérieure plus que de réalité objective ?
Francis Traunig aime définir le porno par l'absence de distance entre l'objectif et le réel, et que c'est justement cette distance, avec l'espace qu'elle ouvre, qui permet à la pensée d'entrer dans le jeu…
J'ai choisi le chat flou, et renvoyé les 2 chats nets à leur perfection.
J'aime penser la photographie techniquement parfaite comme pornographique, parce qu'elle glace l'émotion et la pensée et fait dévier l'esprit sur des complaisances techniques qui n'ont rien à faire avec le sens et l'action d'une oeuvre.
Comme ces spectateurs, à la sortie d'un film fort, qui se hâtent de déclamer que les acteurs jouent bien, que la mise en scène est parfaite, sans parler de la musique ou des décors… Toutes réflexions qui servent essentiellement à aseptiser l'action profonde de l'oeuvre à l'intérieur de ton corps, le bouillonnement du sens dans ta pensée et leurs effets durables sur ta vie
La netteté, comme toute perfection technique, n'est qu'une des options expressive que tu peux choisir d'utiliser. J'aimerais qu'elle soit un choix et non une convenance.
Pourtant. Je ne suis pas un adversaire de la netteté.
Un exemple d'une utilisation volontaire de la précision photographique: une image d'Olivier Christinat, photographie de studio, recréant avec des acteurs une scène médiatique historique, et dont la netteté élève avec force le côté artificiel de la mise en scène et de la réalité qu'elle parodie. J'adore…
Août 2007. Je dois choisir une photographie à publier, parmi quelques prises de vues de chats affamés.
C'est à chaque fois un moment émouvant, et l'occasion de poser quelques questions chaudes.